Tant que je serai noire : interroger la notion de désir et non désir d’enfant chez les femmes noires

Dans le cadre de notre édition spéciale fête des mères et des témoignages de Chau, Marie-Chantal et Anebarassy, on a eu envie de poursuivre la réflexion sur la maternité dans les communautés racisées. Il nous est donc paru évident d’échanger avec Tsippora, fondatrice du podcast Tant que je serai noire qui justement questionne le désir et  non désir d’enfant dans la communauté noire.

Un espace pour interroger la notion de désir et non désir d’enfant chez les femmes noires

Tsippora a eu conscience qu’elle ne voulait pas d’enfants il y assez longtemps. Mais c’est seulement à 30 ans que la jeune femme de 31 ans s’est demandée s’il n’y avait pas d’autres femmes noires qui, comme elle, n’étaient pas animées par l’envie d’avoir des enfants. Sans grande surprise, elle a eu du mal à trouver des ressources et des espaces francophones qui adressaient cette question en prenant notamment en compte les particularités culturelles africaines qui favorisent l’injonction à donner la vie. C’est pour créer ce safe space pour les femmes noires et interroger le non désir d’enfant tout comme le désir de procréer, qu’elle a donné naissance au podcast qui répond à la question tant que je serai noire, serai-je mère ? Laurie Pezeron, Ambre Mistral, Bertoulle Beaurebec, Amandine Gay et bien d’autres se sont donc confiées au micro de Tsippora pour donner leur réponse à cette question et parler monoparentalité, quête identitaire, féminité, fonction reproductrice ou encore adoption. Des témoignages riches et sincères qui explorent la complexité et la diversité du rapport à la maternité dans une communauté, elle-même hétéroclite et plurielle.

Femme, noire, africaine, sans désir d’enfant : la pression de l’environnement culturel, religieux et familial 

Femme noire, soninké d’origine sénégalaise, Tsippora a puisé sa motivation dans son histoire personnelle. Faute de représentation et de possibilité d’identification, elle s’est souvent demandée si elle était normale. Dans son entourage familial, il semblait évident qu’être une femme signifait avoir envie de donner la vie. L’absence de maternité ne pouvait s’expliquer que par une infertilité forcément féminine lié à un mauvais sort faisant ainsi peser la responsabilité de procréation sur la femme. Difficile dans ce contexte d’appréhender son propre rapport au non désir d’enfant. C’est pourquoi son podcast est si essentiel. En donnant la parole à des afrodescendantes et en questionnant le désir et non désir d’enfant sous tous ses angles, Tsippora participe à la dédiabolisation des femmes qui ne désirent pas avoir d’enfants. Changer le regard qu’on porte sur elles, créer du dialogue, normaliser le non désir d’enfant, montrer la diversité des points de vue et des expériences, c’est toute l’ambition du podcast.

Remettre l’humain au centre à travers des récits intimes 

Tsippora a commencé à produire le podcast sans vraiment se projeter sur la suite. C’est en prenant conscience de l’impact de l’intime et du singulier pour changer la vision que l’on porte sur le général et la société qu’elle a eu envie de décliner son concept et poursuivre la réflexion sur d’autres thèmes. Le prochain sujet qu’elle compte aborder, en binôme cette fois, est celui de l’expérience des femmes athlètes de haut niveau. À travers, Tant que je serai athlète, l’idée est de mettre en lumière l’expérience des femmes athlètes dans un monde prédominamment masculin et ainsi traiter la question du genre. Avec ce nouveau programme, l’ambition de Tsippora reste la même : déconstruire les idées reçues, créer du dialogue et des souvenirs oraux en donnant la parole aux personnes concernées.

Tant que je serai noire…. 

Tant que je serai noire, je serai…

Tant que je serai noire, je serai authentique. Parce que je trouve que quand tu es une personne noire ou une femme noire, t’es noyée par plusieurs identités. T’es noyée par plein de choses et tu te perds. Tu te perds dans ta propre identité. Et du coup, t’es plus trop authentique. Je pense que je suis sur un cheminement pour mieux me connaître à travers l’histoire de ma famille, l’histoire de mon peuple, pour justement revenir à cette authenticité.

Tant que je serai noire, je devrais…

Tant que je serai noire, je devrais donner la parole à ceux qui me ressemblent. Je crois au pouvoir du récit, au pouvoir de laisser une trace. Je pense que si j’avais été blanche, je n’aurais pas fait ça.

Tant que je serai noire, je voudrais…

Tant que serai noire, je voudrais exister, “thrive”. Ne pas me mettre de limites parce que je pense qu’on s’en met beaucoup. Je me dis que si j’avais eu cette force de vivre quand j’avais 20 ans, j’aurais fait plein de trucs, mais je me suis un peu bloquée. Aujourd’hui j’ai envie de vivre, tout simplement.

Les reco de Tsippora

On se fait peur en regardant Them, la série horrifique qui traite du racisme.

On s’inspire de la poétesse, écrivaine et militante, Maya Angelou

…et on (re)lit Je sais pourquoi chante l’oiseeau en cage (1969)

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