PARTIE I : LA RÉCUPÉRATION POLITIQUE DU COMMUNAUTARISME

Crédit photo : Anthony Choren

Du communautarisme au séparatisme 

Perçu comme péjoratif suite à une série de controverses dont l’affaire des collégiennes voilées de Creil (1989), le communautarisme serait une menace pour l’identité républicaine. En mettant en avant leurs cultures, notamment celles qui ne sont pas ancrées dans les mêmes racines latines et chrétiennes que la France, certaines associations ou institutions religieuses seraient responsables de la division au sein de la nation française.

Une récupération politique du communautarisme pour « une France plus unie »

Cette lutte contre le communautarisme pour « une France plus unie » reste au cœur des agendas politiques. L’usage de ce terme a été justifié par une soi-disant émergence des phénomènes communautaires dans les années 1980-2000. Ils seraient une conséquence des vagues d’immigration dues aux guerres d’Indépendance des anciennes colonies. Depuis, l’instrumentalisation politique de cette lutte occupe les quartiers populaires, les écoles, les universités, et même les choix personnels (de nos tenues vestimentaires à nos régimes alimentaires). Et cela sur fond de débats et controverses divers comme les émeutes de 2005 ou encore la loi sur l’interdiction du voile de 2010. À cela on peut ajouter le débat sur la viande Halal de 2012, le débat sur le burkini en 2016, et bien d’autres encore. Aujourd’hui, c’est une lutte contre le « séparatisme » qui préoccupe notre gouvernement. Mais cette nouvelle lutte puise, elle aussi, ses racines dans cette crainte des communautés. 

Crédit photo : Mohamed Nohassi

On parle de séparatisme « lorsqu’une communauté ne souhaite plus respecter les lois de la République, au profit de valeurs culturelles ou religieuses ». On pourrait donc parler de séparatisme corse, vendéen, catalan. Mais celui qui inquiète le plus nos leaders, c’est le séparatisme islamiste. Celui qui met l’accent sur « les islamistes qui ne veulent pas respecter la loi commune, avec cette volonté de se séparer des autres ». Cette définition ne vise donc que les radicaux. Pourtant, les lois mises en place ces dernières années ciblennt la communauté musulmane dans son ensemble et plus particulièrement, celle arabo-musulmane.

L’Islam dans le viseur de la lutte contre le séparatisme

« Notre pays est malade d’un séparatisme, dont le premier d’entre eux, l’islamisme, gangrène notre unité nationale », a déclaré le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin. »Il faut savoir nommer la maladie, il faut trouver les médicaments« . Ainsi est née la proposition de loi contre le séparatisme en 2020, aussi connue sous le nom de « projet de loi confortant le respect des principes de la République ». Ce projet de loi prévoit notamment un contrôle renforcé des associations « dont l’octroi des subventions publiques serait conditionné au respect d’un contrat d’engagement républicain ». Ce contrôle vise particulièrement les mosquées, historiquement attribuées avec les statuts d’associations de loi 1901. 

Une islamophobie de plus en plus décomplexée

Entre mars et avril 2021, le Sénat adopte une loi interdisant aux mineures de porter le voile et aux mères voilées d’accompagner leurs enfants en sortie scolaire. C’est donc sur fond d’islamophobie décomplexée que le Journal du Dimanche publie un sondage controversé. D’après ce sondage, 43% des citoyens pensent qu’il y a trop de musulmans et trop d’arabes en France. Difficile de nier l’acharnement que subissent les communautés musulmanes en France. 

Crédit photo : Rumman Amin

L’impact de la récupération politique du communautarisme sur les communautés visées

Si les débats sur le communautarisme favorisent la montée du racisme et de l’islamophobie, ils alimentent aussi les haines entre communautés racisées. Les préjugés véhiculés peuvent être adoptés par des personnes qui sont elles-mêmes victimes de racisme. Lors du meurtre de George Floyd, par exemple, la complicité d’un des policiers, Thou Thao d’origine Hmong, révèle la négrophobie ancrée dans les communautés asiatiques. En France, l’appel à la haine envers les communautés asiatiquetées sur Twitter au lendemain de la crise du COVID a été lancée par une majorité de personnes racisées. Et les récentes vidéos filmées devant le restaurant Brasco à Cergy contiennent des propos négrophobes proférés par un homme maghrébin. 

En plus d’une division inter-communautaire, la dichotomie entre une France franco-française et une France multiculturelle se creuse. S’oppose d’un côté une extrême droite qui veut combattre le « Grand Remplacement », et de l’autre, des communautés qui ne demandent qu’à exister et à se faire respecter. La chasse au communautarisme a envahi nos sphères les plus intimes en passant par nos rues, nos écoles et même nos assiettes

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