Migration des cerveaux : brain drain ou brain gain ? 

L’immigration cristallise beaucoup d’enjeux que ce soit pour la personne qui immigre, le pays d’accueil ou le pays quitté. Quand on pense immigration, on pense souvent à l’histoire de la personne pauvre, démunie, peu qualifiée qui a fui son pays d’origine pour bâtir une vie meilleure dans un pays plus développé. On imagine cette personne peu diplômée, condamnée à occuper un poste précaire dans le pays d’accueil, en mettant beaucoup d’espoir dans sa potentielle descendance. Il existe pourtant autant d’histoires et de parcours qu’il n’y a d’immigré·e·s comme vous pouvez le voir dans nos épisodes. Et il y a une catégorie d’immigré·e·s qui est certes minoritaire, mais dont on parle peu alors que les enjeux économiques, sociaux et humains sont non négligeables: l’immigration des travailleurs et travailleuses qualifié·e·s. On s’est demandé quels sont les impacts de cette migration des cerveaux sur les pays d’origine et ce qu’elle nous dit des relations Sud-Nord.

Des flux de capital humain Sud-Nord

Pour désigner le phénomène d’exode des travailleurs et travailleuses qualifié·e·s vers un pays étrangers, on parle souvent de “fuite des cerveaux”. Par personnes qualifiées, on entend ici des professionnel·le·s de la santé, des ingénieur·e·s, des technicien·ne·s, des étudiant·e·s, des professionnel·le·s de la finance ou encore de l’éducation.

À l’origine, cette expression n’implique pas nécessairement que ces immigré·e·s proviennent des pays du Sud et s’installent en Occident. Au contraire, le débat sur la fuite des cerveaux ne concernait au départ que les pays riches, notamment les mouvements de l’Europe vers les États-Unis. Mais avec le temps, comme pour les différents termes utilisés pour désigner un·e migrant·e, la notion de fuite des cerveaux a pris une connotation différente. Un élément clé de ce changement a été l’évolution de la législation américaine qui favorise jusqu’en 1965 les immigré·e·s des pays européens. L’ouverture et la facilitation de l’immigration non-européenne qualifiée, notamment asiatique a changé la dynamique de la fuite des cerveaux.

Des politiques volontaristes pour faire face à la concurrence 

Les pays du Nord ont bien conscience de l’atout que représentent les travailleurs et travailleuses qualifié·e·s, qu’ils ou elles viennent d’ici ou d’ailleurs. De nombreux États ont donc mis en place des mesures favorisant leur attractivité auprès des travailleurs et travailleuses qualifié·e·s étranger·ère·s. L’Union Européenne a ainsi mis en place, la carte bleue, un permis de travail semblable à la carte verte américaine dont l’objectif est de simplifier l’embauche de travailleurs et travailleuses hautement qualifié·e·s non européen·ne·s.  La France a mis en place depuis 2006 la carte de séjour “compétences et talents” destinées aux personnes “ayant des compétences et des talents et dont le projet contribue au développement économique de la France et de leur pays d’origine, ou au rayonnement intellectuel, scientifique, culturel, humanitaire, sportif de ces pays”. Il y a également le programme “Visa French Tech” instauré depuis juin 2017. Ce programme permet à des ”investisseurs, fondateurs et collaborateurs de startups non-européens” ainsi que leur famille (conjoint et enfants) de bénéficier d’une procédure simplifiée pour venir s’installer en France. 

L’objectif de ces mesures favorables à l’immigration économique est d’accroître sa part tout en limitant celle de l’immigration familiale et sociale, considérée comme moins, voire non avantageuse. En naît la distinction entre l’immigration “choisie” par les pays d’accueil versus l’immigration “subie”. Ainsi que l’immigration professionnelle représente en France plus de 14% des arrivées tous motifs confondus.

Les pays du Nord ont donc bien conscience de l’atout que peut représenter les travailleurs et travailleuses qualifié·e·s, qu’ils ou elles viennent d’ici ou d’ailleurs. De nombreux États ont donc mis en place des mesures favorisant leur attractivité auprès des travailleurs et travailleuses qualifié·e·s étranger·ère·s. L’Union Européenne a ainsi mis en place, la carte bleue, un permis de travail semblable à la carte verte américaine dont l’objectif est de simplifier l’embauche de travailleurs et travailleuses hautement qualifié·e·s non européen·ne·s.  La France a mis en place depuis 2006 la carte de séjour “compétences et talents” destinées aux personnes “ayant des compétences et des talents et dont le projet contribue au développement économique de la France et de leur pays d’origine, ou au rayonnement intellectuel, scientifique, culturel, humanitaire, sportif de ces pays”. Il y a également le programme “Visa French Tech” mis en place depuis juin 2017. Ce programme permet à des ”investisseurs, fondateurs et collaborateurs de startups non-européens” ainsi que leur famille (conjoint et enfants) de bénéficier d’une procédure simplifiée pour venir s’installer en France. 

L’objectif de ces mesures favorables à l’immigration économique est d’accroître sa part tout en limitant celle de l’immigration familiale et sociale, considérée comme moins, voire non avantageuse. En naît la distinction entre l’immigration “choisie” par les pays d’accueil versus l’immigration “subie”. C’est ainsi que l’immigration professionnelle représente en France plus de 14% des arrivées tous motifs confondus.

Un coût socio-économique pour les pays d’origine

Quand on parle de migration, on s’attarde généralement sur ses conséquences sur les pays d’accueil. Rare sont les fois où l’on questionne l’impact sur les pays d’origine. Or, la “fuite des cerveaux” ou “brain drain” est loin d’être neutre pour les pays d’origine. L’exode de travailleurs et travailleuses qualifié·e·s appauvrit les pays d’où ils et elles viennent. Cela creuse les inégalités internationales, mais aussi celles au sein même de ces pays, en les privant de ressources humaines dans des secteurs clés comme l’éducation, la santé ou encore la finance. Or, le manque de ressources engendre de la tension et dégrade les conditions de travail (sous-effectif, nivellement par le bas, manque de moyens financiers). Ce phénomène favorise les désirs de départ de la part des travailleurs et travailleuses qualifié·e·s et l’attractivité des pays du Nord.

Dans le rapport Savoir, apprentissage technologique et innovation dans la perspective du développement (2007), Habib Ouane, qui a exercé à la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) rappelle que «l’Île-de-France compte plus de médecins béninois que le Bénin».

L’exode des cerveaux a un coût lié à la perte de compétences que subissent les pays d’origine, mais aussi au “retour sur investissement” négatif lié au coût de la formation des diplômés qui choisissent d’exercer leur métier à l’étranger. À cela, il faut ajouter le coût du recours à des expatriés pour compenser le déficit du capital humain local. Selon la CNUCED, les pays africains dépensent 4 milliards de dollars par an en recrutement de personnes étrangères pour compenser le départ de ses personnels qualifiés. Tout cela participe au freinage du développement de ces pays privés de ressources humaines capitales.

Le rôle déterminant de la diaspora

Si la fuite des cerveaux peut-être perçue comme une nouvelle forme de pillage exercée par les pays du Nord, il est encore possible de renverser la tendance ou du moins de réduire le coût des externalités négatives de ce phénomène.

Il y a bien sûr des actions qui sont propres aux mesures politiques internes à ces pays : des perspectives d’emploi, un état (réellement) démocratique et non corrompu, ou encore l’investissement dans les infrastructures publiques sont d’autant de facteurs qui permettront aux locaux de ne pas être amenés à partir, peu importe leur niveau de qualification. 

Mais la diaspora constituée par ces départs, mais aussi par les flux migratoires non professionnels peut jouer un rôle clé. En transférant son capital, qu’il soit économique (transfert de fonds, investissement au pays d’origine, création d’entreprise, d’ONG, etc.) ou humain (transfert de compétences, retour au pays, etc.), la diaspora peut réinvestir et réinjecter du savoir et savoir-faire extérieur au pays d’origine.

Enfin, une dimension essentielle et non négligeable pour une migration des cerveaux équitable et respectueuse est une bonne coordination de politiques migratoires justes. Politiques qui, telles qu’elles sont mises en place actuellement, le sont souvent au détriment des pays d’origine, faisant de la fuite des cerveaux un jeu à somme nulle.

La frontière (sans mauvais jeu de mots) entre l’immigré.e, l’exilé.e, l’expatrié.e et le réfugié.e est donc très mince. Parfois régie par le droit, parfois par les biais cognitifs et le détournement de leur sens initial. Ainsi, ces termes vont souvent au-delà de leur simple définition qu’elle provienne du dictionnaire, d’un média ou des conventions internationales. Ces mots sont loin d’être neutres et il est important d’en avoir conscience sans quoi, on ne peut collectivement apporter l’attention et l’accueil que méritent ces personnes qui quittent (souvent dans la contrainte) l’endroit et les gens qu’elles aiment. Les mots ont une dimension sémantique, idéologique et politique, ne l’oublions jamais. 

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