15 octobre – 3 décembre 1983 :

La marche pour l’égalité et contre le racisme

Passage de la Marche pour l’égalité et contre le racisme à Strasbourg, le 20 novembre 1983. AFP VIA GETTY IMAGES / MARCEL MOCHET

Le 15 octobre 1983, quelques dizaines de jeunes immigrés débutent une marche à Marseille. Le 3 décembre, ils arrivent à Paris et sont reçus par le président de la République. Leur objectif : dénoncer le racisme en France. Cette marche que le journal le Monde qualifiait en 2013 de “mai 68 des jeunes immigrés” et surnommée “la marche des Beurs” par les médias,  marque un tournant dans la lutte contre le racisme en France. Retour sur un événement historique.

Un contexte économique, politique et social fragile

La fin des années 70 et le début des années 80 sont marqués par une grande crise économique qui plonge la France dans une récession. En 1979, le second choc pétrolier éclate et la France doit faire face à une nouvelle hausse importante du prix de l’essence après celle de 1973. La société connaît également une grande inflation et un ralentissement de l’activité dans les entreprises entraînant une montée du chômage et une précarité dans les foyers modestes. 

Sur un plan social, en 1974, le gouvernement Chirac met en place une politique anti-immigration. Par la suite, de nombreux Maghrébins, qui jusque-là faisaient des allers-retours entre l’Afrique et la France, décident de s’installer en France et font venir leur famille grâce au regroupement familial. Cette génération, née ou venue en bas âge en France prend conscience de sa citoyenneté française, mais aussi du racisme à son encontre. La crise économique la fragilise encore plus, elle commence alors à revendiquer une société égalitaire. 

Le contexte politique vient renforcer le phénomène de racisme intérieur avec une montée du Front National, et à l’été 1981, des centaines de jeunes participent à une rébellion urbaine aux Minguettes, un quartier dans la banlieue lyonnaise. Ces affrontements sont à leur apogée lorsque Toumi Djaïdja, président de l’association SOS Avenir Minguettes créée suite aux affrontements, est grièvement blessé par la police. C’est à ce moment-là que de nombreux jeunes, accompagnés par des associations militantes et religieuses entreprennent une marche non-violente, la “marche des Beurs”. 

 

“ 30 000, 50 000, 100 000, les chiffres varient. Ils étaient des dizaines de milliers, entre la Bastille et Montparnasse, mobilisés contre le racisme. Venus de la France entière en autocar à l’appel d’un collectif national et de 70 associations, partis et syndicats de gauche. Pour les marcheurs, tout a commencé vers 13 h avec le repas, enthousiasme et émotion bien sûr mais aussi un peu d’inquiétude car ces enfants d’immigrés qui marchent depuis un mois et demi ont fait le pari de rassembler 100 000 personnes. Ils ont fait le pari de réveiller les Français, ces Français précisément qu’ils ont appris à mieux connaître à travers cette marche.”

Toumi Djaïdja, président de l'association SOS Avenir Minguettes

Une marche pour vivre ensemble avec nos différences 

La marche pour l’égalité et contre le racisme

(PIERRE VERDY/AFP)

« Vivre ensemble avec nos différences dans une société solidaire » c’est le slogan en tête de cortège des 32 marcheurs partant de Marseille le 15 octobre 1983. Ils dénoncent les violences policières, la ségrégation raciale, et ont deux principales revendications : l’obtention de la carte de séjour de 10 ans et le droit des votes des étrangers. Le groupe est accueilli par des associations chrétiennes tout au long du parcours, et la marche prend de l’ampleur au fur et à mesure de la traversée de la France. 

Ce n’est véritablement qu’à partir du 14 novembre 1983 que l’événement est médiatisé à grande échelle, lorsque Habib Grimzi, un jeune touriste algérien, décède après avoir été roué de coups puis jeté d’un train par trois candidats-légionnaires. 

Ce drame attire le regard des médias, des personnalités politiques et des syndicats sur la marche (surnommé “la marche des Beurs” par Libération, le mot “Beur” entre dans les dictionnaires l’année suivante). Le 3 décembre, plus de 100 000 personnes manifestent entre Bastille et Montparnasse et huit marcheurs sont reçus par le président de la République. 

Un combat toujours d’actualité

 Le chef de l'État (à droite sur la photo) annonce à cette occasion la création d'une carte de résident de 10 ans.

Le chef de l’État (à droite sur la photo) annonce à cette occasion la création d’une carte de résident de 10 ans.

A l’issue de la discussion des marcheurs avec François Mitterrand, le gouvernement accepte l’idée de la carte de séjour de 10 ans. L’année suivante, le parti socialiste au pouvoir crée l’association SOS Racisme. De manière globale, la marche fait prendre conscience aux Français de la réalité des discriminations raciales. Cependant, l’engouement généré par la Marche en 1983 laisse vite place à une indifférence sociétale. Il n’en demeure pas moins que l’événement donne naissance à de nombreuses associations, et une quarantaine d’années après, les combats des marcheurs restent toujours d’actualité. 

Pour aller plus loin

La Marche

Film francobelge réalisé par Nabil Ben Yadir et sorti en 2013

Les Marches de la liberté

Documentaire écrit et réalisé par Rokhaya Diallo en 2013 pour France Ô

Dix ans de marche des beurs, chronique d’un mouvement avorté 

Paris, Desclée de Brouwer, 1994.

L’auteur du livre, Saïd Bouamma, a participé à la Marche pour l’égalité et contre le racisme.

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