Quelle identité linguistique dans une France plurilingue et pluriculturelle ?

I 15.11.21 I

La France d’aujourd’hui est plurielle, plurielle de par ses histoires, ses cultures, ses coutumes, ses croyances, ses paysages, et ses langues. Dans une société où les hommes sont de plus en plus mobiles, les flux migratoires dans le monde sont passés de 154 millions à 231 millions entre 1990 et 2013 selon l’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Économiques). Et qui dit nouveau pays, dit souvent nouvelles langues et cultures. Grandir avec plusieurs langues est un véritable atout, mais cela nécessite que ce plurilinguisme soit valorisé par les institutions.

Quelle identité linguistique dans une France plurilingue et pluriculturelle ?

“When you live in a country where your own language is considered foreign, you can feel a continuous sense of estrangement. You speak a secret, unknown language, lacking any correspondence to the environment. An absence that creates a distance within you*.

Jhumpa Lahiri

*“Lorsque vous vivez dans un pays où votre propre langue est considérée comme étrangère, vous pouvez ressentir un sentiment permanent d’éloignement. Vous parlez une langue secrète, inconnue, sans correspondance avec l’environnement. Une absence qui crée une distance en vous.”

Quelques définitions

Le bilinguisme est la pratique concomitante de deux langues, et non la maîtrise parfaite de ces dernières.

Quant au plurilinguisme, il fait référence à la capacité des individus à utiliser plus d’une langue pour communiquer, quelle que soit leur maîtrise de ces langues.

En France, une situation linguistique contradictoire

Alors qu’en France, environ un enfant sur quatre grandit dans un environnement bilingue ou plurilingue selon l’Insee, pour 4 descendants d’immigrés sur 10, le français est la seule langue transmise durant l’enfance. C’est surtout le cas chez les immigrés européens, mais pas seulement. Dans une Europe qui promeut la diversité linguistique, pourquoi certaines langues sont-elles plus considérées que d’autres ? Pourquoi une telle contradiction ?

Les mythes autour du bilinguisme petit à petit déconstruits

“Si l’on a longtemps considéré qu’il était préférable d’enseigner les langues de manière cloisonnée et d’éviter les interférences avec les connaissances linguistiques antérieures des apprenants, on reconnaît aujourd’hui les bienfaits d’une pédagogie prenant en compte la biographie langagière de chacun et créant des passerelles entre les différents savoirs présents dans la classe (qu’ils soient culturels, linguistiques ou langagiers).”

Ministère de la Culture et de la Communication, Table-ronde organisée le 5 février 2015 Expolangues – Paris, Porte de Versailles

Crédit Photo : Farzad Mohsenvand

Pendant longtemps, le monolinguisme a été considéré comme la norme, et le bilinguisme l’exception. Voici quelques mythes sur le bilinguisme qui étaient très récurrents: 

  • Apprendre plus d’une langue pouvait être source de confusion pour les enfants
  • Les enfants qui mixaient les langues ne maîtrisaient aucune de leurs langues parfaitement 
  • Les enfants avec des troubles d’apprentissage ne devaient pas apprendre plus d’une langue pour ne pas être surchargés.

Toutes ces idées-reçues ont véhiculé l’idée que les enfants ne devaient se concentrer que sur une seule langue, la langue majoritaire, au détriment de la langue familiale.

Le français comme unique langue nationale

La politique linguistique de la France est depuis très longtemps le monolinguisme d’Etat (cf l’article 2 de la Constitution française : “La langue de la République est le français.”). En effet, dès le XVI siècle, par l’ordonnance de Villers-Cotterêts, le roi François 1er impose le français comme l’unique langue sur le territoire. L’unification linguistique a lieu progressivement, jusqu’à venir effacer toutes les variétés linguistiques comme les langues régionales. Cette politique de discrimination, qui a pour objectif de supprimer les langues régionales au profit du français, est en fait institutionnalisée au travers de l‘école, et notamment par des systèmes de sanctions ayant lieu dans les cours de récréation. C’est aussi cette même politique de monolinguisme d’Etat qui est reproduite avec les langues issues de l’immigration. De plus, le modèle d’intégration à la française incite les enfants issus de l’immigration à renoncer à leur langue d’origine pour n’utiliser que le français, comme ce fut le cas pour les langues régionales.

Crédit Photo : Soner Eker

Un traitement asymétrique des langues

Même si la politique de langue unique représente la société française unie, la mondialisation grandissante de la fin du XXème siècle demande une maîtrise de langues étrangères. C’est l’anglais, et dans une moindre mesure l’espagnol et l’allemand, qui sont enseignés en majorité dès l’école primaire et jouissent d’une place de choix dans l’enseignement des langues. Au contraire, d’autres langues telles que l’arabe littéraire ou le russe sont en déclin, alors que l’arabe dialectal est parlé dans de nombreuses familles par exemple. Dans les milieux institutionnels et professionnels, les langues sont alors hiérarchisées.

La glottophobie 

Non seulement les langues ne jouissent pas du même statut social, mais  le niveau de maîtrise des langues issues de l’immigration est souvent assimilé au degré d’intégration des immigrés. Ainsi, il y a une certaine discrimination basée sur la langue ou l’accent des locuteurs.

Quête identitaire des personnes bi-plurilingues ? 

Le lien entre langue et identité est un lien évident. Les langues sont nos symboles d’identité. C’est pour cette raison qu’il est essentiel que tout le répertoire langagier, autrement dit toutes les langues présentes d’une manière ou d’une autre, soit pris en compte et représente une richesse propre à chacun.e. Il s’agit de valoriser les compétences linguistiques des différentes langues. 

L’école a bien évidemment un grand rôle à jouer, en construisant des ponts culturels et linguistiques entre la famille et l’institution scolaire. De nombreuses associations travaillent dans ce sens, dont DULALA, D’Une Langue À L’Autre, qui promeut la diversité en proposant des ressources multilingues aux personnels de l’éducation et aux familles. 

Celui qui ne sait pas d’où il vient ne peut savoir où il va.” Maîtriser la ou les langues maternelles est non seulement une richesse, mais est essentiel pour apprendre le français et les langues étrangères. Puis, c’est aussi l’héritage familial, et ce qui permet souvent de garder contact avec le reste de la famille. Enfin, c’est la clé vers une société en paix, pour lutter contre l’inégalité des chances et lutter contre les discriminations, vers une société où chaque individu est reconnu dans son entièreté, avec son histoire familiale et ses bagages linguistiques. 

Par @onceuponatime_inparis

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