Authenticité dekolonyal et consommation responsable sous le prisme noir avec Wendy Bihary

Crédit Photo : @math_explores

Authenticité dekoloniyal et consommation responsable sous le prisme noir, c’est ce à quoi nous invite Wendy Bihary à travers sa page @fanmlanmou_ où elle partage ses réflexion, ses pensées, des rituels ancestraux, mais aussi visibilise la commuanuté afro-indienne.

Faire avancer son pays d’origine

On est beaucoup à avoir un jour fantasmé notre retour “au pays”, un peu moins à avoir réellement franchi le pas. Wendy, elle, l’a fait. Depuis août 2021, elle a quitté l’hexagone pour aller s’installer en Martinique. Loin d’être un coup de tête, c’est depuis son enfance qu’elle sait qu’elle rentrerait un jour aux Antilles. Retourner dans son pays d’origine quand on est né.e, a grandi, a été sociabilisé.e ailleurs n’est pas toujours simple et demande un effort d’adaptation. Une sorte d’assimilation, d’intégration inversée. Il faut se saisir des codes de cette nouvelle terre d’accueil. Il faut aussi s’attendre à être perçu.e comme Autre, parfois étranger.ère dans son propre pays. C’est ce que beaucoup d’immigré.e.s présent.e.s dans notre première saison nous ont confié et c’est aussi le cas de Wendy : “Souvent les gens aiment bien faire la différence entre les Antillais qui ont grandi en France et ceux qui ont grandi aux Antilles.”

Pour Wendy, ça allait de soi de retourner aux Antilles. C’était une question de cohérence vis-à-vis de ses engagements et des idées qu’elle défend. “C’est vers 15 ans que j’ai réalisé que mon mode de vie n’était pas en adéquation avec qui j’étais, même sans savoir qui j’étais vraiment. Il empoisonne ma terre, les gens qui produisent et moi-même.C’est cette prise de conscience et la recherche de son histoire en dehors d’un récit raciste et colonial qui l’ont naturellement amené à s’installer en Martinique

Mon problème c’est que je ne fais pas confiance en l’histoire qu’on entend partout. Même pour apprendre la vie avant la colonisation, c’est toujours compliqué. L’histoire des Antilles est complexe, c’est une histoire de kidnapping, d’esclavage. Je suis partie parce que plus je reste en France, plus le peu que je sais va s’effacer, plus tout ce que je prône et je dis n’a aucune valeur. Pour faire avancer la Martinique, la Guadeloupe, peu importe, il faut être là-bas.

Donner de l’amour aux femmes 

Crédit Photo : @math_explores

C’est à la fois l’envie de partager ses pensées et l’envie de donner de l’amour aux femmes qui a poussé Wendy à créer son compte Instagram fanmlanmou_ (“femme amour” en français). “Je suis quelqu’un qui “sur-pense”. J’ai beaucoup de pensées et je ne savais pas comment les partager. Je voulais pouvoir discuter avec d’autres gens. J’ai choisi d’appeler mon compte @fanmlanmou_ parce que je voulais choisir deux mots en créole pour que ça fasse écho à mon public. En créant ma page, j’ai rencontré des gens, découvert plein de choses, reçu beaucoup d’amour que j’ai eu envie de redonner.

Sur sa page Wendy partage effectivement ses pensées, mais aussi des soins et rituels ancestraux comme le bain de plantes.“Je m’intéresse aux rituels ancestraux et me base surtout sur les personnes âgées qui sont autour de moi. J’ai remarqué qu’elles parlent naturellement d’avant, c’est hyper enrichissant.

Crédit Photo : @fanmlanmou_

C’est dans le cadre de sa série AUTHENTICITÉ DEKOLONYAL que Wendy nous fait (re)découvrir ces rituels et soins ancestraux et nous encourage au fait soi-même. “Être aligné.e avec soi-même et faire en sorte d’être soi, c’est l’authenticité et ton toi si t’es noir.e ce n’est pas être occidental, d’où le dekolonyal.

C’est pour être en adéquation avec qui elle est et sortir du récit occidentalo-centré que Wendy a entrepris cet apprentissage et réappropriation de son histoire. “Je veux ressembler à mes aieux sur tous les points. Je veux qu’on me voit à travers les yeux de personnes qui sont noires, qu’on puisse avoir des paramètres à nous.

Consommer de manière consciente sous le prisme noir 

La page de Wendy qui fédère une communauté de plus de 4 500 personnes est aussi une invitation à une “consommation consciente sous le prisme noir”. Une consommation consciente, car réfléchie, “Tu te demandes d’où vient le produit ? Qui l’a fait ? Et pour qui ?”. Sous le prisme noir pour apporter une alternative aux discours et plateformes écolo-centrées mainstream et majoritairement blanche. “Quand je m’informais sur le zéro déchet, le minimalisme, etc., il n’y avait que des blancs. J’avais besoin de voir des personnes qui me ressemblent. On est les victimes et on arrive à dire que c’est juste un truc de blancs.” Et c’est là tout le paradoxe de la question de l’écologie. Les pays dits du Sud et leur diaspora sont les premières victimes du dérèglement climatique, de la pollution, de la malbouffe, mais restent souvent opaques au discours écologique ne se sentant pas concernés par une prise de parole majoritairement blanche et bourgeoise.

Visibiliser la communauté afro-indienne

Crédit Photo : @math_explores

La page fanmlanmou_ est l’une des rares plateformes à mettre en avant la communauté afro-indienne, complètement invisibilisée. “C’est important pour moi de dire qu’on existe. Le mélange est très courant aux Antilles, mais le mot “afro-indien” est un mot que j’ai appris que récemment. Souvent, les personnes afro-indiennes étaient désignées par des expressions comme “bata zindien” et “chapé coolie””. Ce regard péjoratif que portait et continue de porter une partie de la communauté afro-antillaise vis-à-vis de la communauté indienne remonte aux temps de l’esclavage, de l’engagisme et de la colonisation. La main d’œuvre dans les Antilles françaises était composée des esclaves et des engagés, des travailleurs étrangers à la colonie à qui on proposait des contrats de travail d’une durée de 5 ans renouvelable. Avant l’abolition de l’esclavage, les “engagés” venaient principalement de France. Suite à l’abolition de l’esclavage en 1848, l’engagisme prend de plus en plus d’ampleur et les colons “engagent” des milliers de personnes, notamment en provenance d’Inde, mais aussi d’Afrique et de Chine, pour maintenir une main d’oeuvre à bas coût dans les colonies. Investir l’espace grâce à son contenu est aussi une manière pour Wendy de visibiliserune commuanuté et une histoire peu connue et déclencher un dialogue sur les conséquences encore actuelles de la colonisation. 

Une personnalité qui inspire Wendy

Frida Kahlo. En apprenant sur sa vie, je me suis dit que cette femme a souffert toute sa vie. C’est une femme qui a été blessée psychologiquement, blessée physiquement, mais qui aime la vie. J’ai l’impression que c’était une personne libre.

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